Démarche artistique
Ma pratique se déploie principalement de manière installative et sculpturale en donnant une importance particulière aux matières liées à des activités domestiques et paysannes. Œuvrant entre autres à partir de textiles, de pain, de paille, de gâteau et de chou, je vise à approfondir l’intégration de matériaux issus directement d’actions de subsistance dans mon travail. En abordant le geste artistique comme faisant partie intégrante de la quotidienneté et non comme un geste exceptionnel, je cherche à déhiérarchiser mes activités et à sortir de théorisations politiques qui séparent cette vie quotidienne en différentes sphères (domestique, publique, professionnelle).
Mon travail s’articule fréquemment dans l’assemblage d’éléments jugés contradictoires. J’aborde par exemple le monument classique comme un médium de communication de valeurs bourgeoises et patriarcales et détourne sa figure en l’associant à des matières pauvres et éphémères ou à des représentations de l’espace domestique. En bouleversant ce rapport permanence/impermanence, ce sont aussi les rapports genrés entre public/privé et hypervisibilité/invisibilité que je critique.
La grande porosité de l’intérieur et de l’extérieur est également au cœur de mon travail. Je m’intéresse, d’une perspective écoféministe, aux mécanismes de la fabrique du paysage et à ceux d’un système d’exploitation basé sur un ordre dualiste subordonnant la nature (passive) à la culture (active). Je construis une pratique dans laquelle s’abolit la hiérarchie entre petits et grands gestes, entre sujets nobles et triviaux et qui rejette la division sociale du travail intellectuel et manuel en embrassant la complexité des matérialités qui m’habitent.